1/5 travailleur du secteur psycho-social envisage de changer de métier

 
 
 
Le virus n’est pas la cause d’une fuite des travailleurs psycho-sociaux, il est peut-être la goutte…
Des départs se constatent depuis bien avant la crise. Interrogé sur cette question, une personne qualifiée dans des fonctions éducatives et de chef de service plus tard m’en dit ceci ; “ Le modèle managérial, en lien avec la taille de l’institution, s’efforce à adopter des conduites, concepts liés à l’entreprise à finalité commerciale”.
Le management descendant estropie le temps consacré à l’élaboration des pratiques. Privé de ce temps de co-construction, Cfr Michel Foudriat, le croisement des regards dans l’institution diminue lui aussi. Or, c’est dans ces instants que se métabolisent les ressentis, les émotions à l’égard des situations des personnes accompagnées et c’est aussi celui de la construction du SENS. Les sociologues, psychologues… qui se sont penchés sur l’étiologie du burnout nous enseignent que la perte de sens est le facteur majeur en cause dans l’épuisement professionnel.
Les « nécessités » de contenir, comprimer les dépenses réduisent ces temps de “travail en chambre”. Des compétitions malsaines apparaissent dans ces services privés de ces temps d’échanges. Il me semble qu’il s’accroît avec la taille des institutions sociales ou de santé. Les équipes ressentent le stress des cadres, elles les subissent et sont en délicatesse pour l’évoquer. Un sentiment d’omerta s’installe et grignotte…
Dans nos secteurs de la santé, de l’éducation spécialisée, de l’accompagnement social les processus d ‘évaluation sous tendants des objectifs de rendement amenuisent ces temps de “perlaboration”, en équipe, des agressions émotionnelles que vivent les TS desquelles les approches en relation d’aide nous enseignent que nous sommes partie du problème, que nos émotions sont des indicateurs utiles pour exercer dans ces métiers.
Est-ce cela que voulait dire Joseph Rouzel lorsqu’il évoque “l’impossible éducatif” ? Une autre personne concernée par ce choix de départ me confiait: “De la place où je suis je ressens fort bien l’insensé de ce que doit être un impossible labeur”
Le covid n’a fait qu’augmenter un mal être déjà existant en espaçant les temps de réunion dans les équipes.
Luc Fouarge

Lien Permanent pour cet article : http://www.metis-europe.eu/1-5-travailleur-du-secteur-psycho-social-envisage-de-changer-de-metier/